Une adresse, une image de cette adresse. Et une histoire qui n'y a jamais eu lieu.

ITALIE // NAPLES // VIA POSILIPO

 

Cette histoire-là elle commence la veille du jour où elle commence, dans le creux de la nuit d’une ville du sud. C’est le printemps mais en fait c’est déjà l’été, elles sont en robes ils sont en tee-shirts sur la dernière terrasse encore ouverte pas loin du port, il est tard, ça y est ça a basculé dans le jour où tout a commencé. Mais ces questions temporelles sont pas si importantes.

Ils parlent de grandes routes, de voitures américaines, d’ouvrir les doigts les bras levés au-dessus du volant. Ils boivent des bières directement à la bouteille, leurs bouches font des traces chaudes sur le verre embué. Le bar finit pas leur dire qu’il est temps de fermer le rideau de fer et pour eux de rentrer. Ils veulent pas parce que ce printemps-là sonne la fin de leurs aventures, la dispersion de l’année étudiante, avec l’été leurs corps ne se toucheront plus. Deux filles. Deux garçons. Elles, elles vont fermer leurs yeux chez l’une d’entre elles. Elles peinent à dormir séparées vous voyez.

Alors le matin, elles vont vider leurs comptes pour louer une voiture, une presque américaine, la décapotable n’a pas la classe cadillac mais ça ira pour faire les doigts en l’air. Elles mettent des foulards dans leurs cheveux et vont klaxonner en bas de l’immeuble. Ils quittent la mer, ils s’enfoncent dans les terres, ils suivent les rivières, ils prennent les plus petits chemins, les plantes déjà séchées par le soleil rayent le capot. Ils ne parlent pas ils écoutent de la musique fort, ils lèvent leurs bras comme prévu. Ils attendent le soir, ils marchent dans le presque noir pour trouver une plage sur un lac. Elles ont pris tout un tas de couvertures, ils s’en fabriquent une maison, une maison juste dessinée au sol comme les enfants font. Leurs corps se touchent, il y a le soleil qui fait briller une dernière fois leurs visages. Ils boivent des bières ils mangent du fromage qu’ils découpent avec leurs doigts. Ils mangent ils se touchent tout ça se mélange. 

Elle sait plus comment raconter. Elle se souvient du lendemain, des odeurs, trois odeurs qui sont pas elle, qui seront plus jamais elle, qui l’étaient elle vraiment. Une tâche de naissance sur une cuisse, la voiture en boucle sur un rond point jusqu’à la nausée, un oeil bleu, un tee-shirt avec un chat dessus, des mains qui collent. Ça vole dans le vent de l’autoroute du retour. 

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ITALIE // NAPLES // VIA POSILIPO


 
Cette histoire-là elle commence la veille du jour où elle commence, dans le creux de la nuit d’une ville du sud. C’est le printemps mais en fait c’est déjà l’été, elles sont en robes ils sont en tee-shirts sur la dernière terrasse encore ouverte pas loin du port, il est tard, ça y est ça a basculé dans le jour où tout a commencé. Mais ces questions temporelles sont pas si importantes.
Ils parlent de grandes routes, de voitures américaines, d’ouvrir les doigts les bras levés au-dessus du volant. Ils boivent des bières directement à la bouteille, leurs bouches font des traces chaudes sur le verre embué. Le bar finit pas leur dire qu’il est temps de fermer le rideau de fer et pour eux de rentrer. Ils veulent pas parce que ce printemps-là sonne la fin de leurs aventures, la dispersion de l’année étudiante, avec l’été leurs corps ne se toucheront plus. Deux filles. Deux garçons. Elles, elles vont fermer leurs yeux chez l’une d’entre elles. Elles peinent à dormir séparées vous voyez.
Alors le matin, elles vont vider leurs comptes pour louer une voiture, une presque américaine, la décapotable n’a pas la classe cadillac mais ça ira pour faire les doigts en l’air. Elles mettent des foulards dans leurs cheveux et vont klaxonner en bas de l’immeuble. Ils quittent la mer, ils s’enfoncent dans les terres, ils suivent les rivières, ils prennent les plus petits chemins, les plantes déjà séchées par le soleil rayent le capot. Ils ne parlent pas ils écoutent de la musique fort, ils lèvent leurs bras comme prévu. Ils attendent le soir, ils marchent dans le presque noir pour trouver une plage sur un lac. Elles ont pris tout un tas de couvertures, ils s’en fabriquent une maison, une maison juste dessinée au sol comme les enfants font. Leurs corps se touchent, il y a le soleil qui fait briller une dernière fois leurs visages. Ils boivent des bières ils mangent du fromage qu’ils découpent avec leurs doigts. Ils mangent ils se touchent tout ça se mélange. 
Elle sait plus comment raconter. Elle se souvient du lendemain, des odeurs, trois odeurs qui sont pas elle, qui seront plus jamais elle, qui l’étaient elle vraiment. Une tâche de naissance sur une cuisse, la voiture en boucle sur un rond point jusqu’à la nausée, un oeil bleu, un tee-shirt avec un chat dessus, des mains qui collent. Ça vole dans le vent de l’autoroute du retour. 

FRANCE // PARIS // RUE DU FAUBOURG SAINT MARTIN

 

Elle a dansé une semaine sans s’arrêter pour faire venir le soleil. Je vous jure. Une semaine. Sans s’arrêter. Le temps tout juste pour dormir quand même, écrouler son corps sur le matelas, pour se réveiller meurtrie, des bleus sur les mollets laissés par la table basse, sur les biceps les coins des portes. Elle ne voulait pas s’arrêter, le bruit de la pluie tapait sur les verrières ça lui servait de rythme, ça lui servait de rythme pour marquer sa respiration. Les jambes les bras, ça part du souffle, toujours. 

Elle était en colère contre l’hiver, ça lui chiffonnait le ventre le ciel bas, les grimaces des gens, les maladies graves, les morts précoces. Ça lui chiffonnait tellement les organes que son empathie, c’était devenue son animal de compagnie. Et vous le savez, les chiens, elle déteste ça. Elle a commencé par danser pour que tout ça dégage, que ça ne lui réclame plus de la nourriture en boîte, un tour dehors alors que ça sert à rien d’être dehors quand le ciel est lourd, lourd à vous écraser la tête à la faire exploser comme un melon, c’est moche un melon qui explose sur le macadam. 

Elle a continué de danser parce que ça faisait longtemps, qu’il fallait au moins ça pour se laver du mauvais temps, invoquer cette chose au fond d’elle qui n’était pas ressorti depuis ses dents de lait. Il lui a poussé des plumes au bout des doigts, c’est dégueulasse au début des plumes qui poussent, ça colle, c’est gluant, ça fait mal mais pas autant que les muscles qui brûlent à force de sauter, tourner, rouler, tordre ses articulations. Les plumes ont poussé elles sont tombées elle est pas faite pour voler vous voyez. 

Et puis au bout d’une semaine, le soleil est arrivé. Elle vous l’a laissé brillant elle est allé dormir sur une flaque de lumière sur son plancher brûlé par sa peau. 

Posted at 7:03pm and tagged with: France, Paris, Photographie, littérature, printemps,.

FRANCE // PARIS // RUE DU FAUBOURG SAINT MARTIN



 
Elle a dansé une semaine sans s’arrêter pour faire venir le soleil. Je vous jure. Une semaine. Sans s’arrêter. Le temps tout juste pour dormir quand même, écrouler son corps sur le matelas, pour se réveiller meurtrie, des bleus sur les mollets laissés par la table basse, sur les biceps les coins des portes. Elle ne voulait pas s’arrêter, le bruit de la pluie tapait sur les verrières ça lui servait de rythme, ça lui servait de rythme pour marquer sa respiration. Les jambes les bras, ça part du souffle, toujours. 
Elle était en colère contre l’hiver, ça lui chiffonnait le ventre le ciel bas, les grimaces des gens, les maladies graves, les morts précoces. Ça lui chiffonnait tellement les organes que son empathie, c’était devenue son animal de compagnie. Et vous le savez, les chiens, elle déteste ça. Elle a commencé par danser pour que tout ça dégage, que ça ne lui réclame plus de la nourriture en boîte, un tour dehors alors que ça sert à rien d’être dehors quand le ciel est lourd, lourd à vous écraser la tête à la faire exploser comme un melon, c’est moche un melon qui explose sur le macadam. 
Elle a continué de danser parce que ça faisait longtemps, qu’il fallait au moins ça pour se laver du mauvais temps, invoquer cette chose au fond d’elle qui n’était pas ressorti depuis ses dents de lait. Il lui a poussé des plumes au bout des doigts, c’est dégueulasse au début des plumes qui poussent, ça colle, c’est gluant, ça fait mal mais pas autant que les muscles qui brûlent à force de sauter, tourner, rouler, tordre ses articulations. Les plumes ont poussé elles sont tombées elle est pas faite pour voler vous voyez. 
Et puis au bout d’une semaine, le soleil est arrivé. Elle vous l’a laissé brillant elle est allé dormir sur une flaque de lumière sur son plancher brûlé par sa peau. 

FRANCE // PORQUEROLLES // OUSTAOU DE DIOU

 

C’est une histoire d’enfant sur une île. Plus exactement un petit garçon, c’est la première fois qu’il vient là, il est en vacances avec sa famille, il a huit, presque neuf ans. Il dit nine years old du coup. Il a deux petites soeurs vraiment minus et il fait même pas vraiment beau sur cette île, ils ont loué des vélos, les deux petites dans une sorte de mini-roulotte accrochée au VTT du père. Ils ne parlent pas la langue d’ici et les noms leur semblent vraiment exotiques : Oustaou de Diou, Brégançonnet, Gorge du Loup. La mère a seulement pu expliquer le dernier nom et ça a fait peur à ses deux soeurs, lui, il a bombé le torse. 

Il se dit qu’il va le trouver le loup et le pourfendre de sa grande épée. Il trouve un bâton pour faire la grande épée, il fend l’air avec il pense qu’elle est parfaite pour rentrer bien au fond de la gueule de l’animal, que d’un coup sec il le tuera, chlak chlak. Il fait des bruits avec sa bouche pour trouver le son qui fait le mieux l’épée qui arrache la tête du loup. Faut dire qu’il s’ennuie ferme et qu’il aimerait bien semer sa famille qui traîne sur les chemins et qui crient « pas trop vite pas trop vite on va te perdre ! ».

Il arrive ce qui devait arriver il se perd sinon l’histoire serait pas vraiment une histoire. Il veut aller à la Gorge du Loup mais il rate le panneau et il se retrouve sur un chemin vraiment très petit avec des grosses racines. Il arrive en haut de la falaise, avec son blouson ouvert comme des ailes et il manque de s’envoler plein de fois. Il regarde en bas allongé contre des cailloux qui piquent vraiment vraiment. Il se dit que c’est vraiment dur de descendre pour aller trouver le loup. Il continue, il abandonne son vélo parce que c’est plus possible de rouler entre les ronces. Enfin il trouve une plage recouverte d’algues et de bouts de bois il se dit que ça y est il doit être au bon endroit. La plage est toute étroite les rochers comme des dents, il s’est jeté tout droit dans la gueule de l’animal sans s’en apercevoir. 

On l’a jamais retrouvé. Chlak Chlak. Mais comme les contes ça finit bien en fait on le sait pas mais il chevauche dans le ciel sur le dos du chien sauvage. Pour toujours.

Posted at 6:54pm and tagged with: France, Porquerolles, Oustaou de Diou, littérature, Photographie,.

FRANCE // PORQUEROLLES // OUSTAOU DE DIOU


 
C’est une histoire d’enfant sur une île. Plus exactement un petit garçon, c’est la première fois qu’il vient là, il est en vacances avec sa famille, il a huit, presque neuf ans. Il dit nine years old du coup. Il a deux petites soeurs vraiment minus et il fait même pas vraiment beau sur cette île, ils ont loué des vélos, les deux petites dans une sorte de mini-roulotte accrochée au VTT du père. Ils ne parlent pas la langue d’ici et les noms leur semblent vraiment exotiques : Oustaou de Diou, Brégançonnet, Gorge du Loup. La mère a seulement pu expliquer le dernier nom et ça a fait peur à ses deux soeurs, lui, il a bombé le torse. 
Il se dit qu’il va le trouver le loup et le pourfendre de sa grande épée. Il trouve un bâton pour faire la grande épée, il fend l’air avec il pense qu’elle est parfaite pour rentrer bien au fond de la gueule de l’animal, que d’un coup sec il le tuera, chlak chlak. Il fait des bruits avec sa bouche pour trouver le son qui fait le mieux l’épée qui arrache la tête du loup. Faut dire qu’il s’ennuie ferme et qu’il aimerait bien semer sa famille qui traîne sur les chemins et qui crient « pas trop vite pas trop vite on va te perdre ! ».
Il arrive ce qui devait arriver il se perd sinon l’histoire serait pas vraiment une histoire. Il veut aller à la Gorge du Loup mais il rate le panneau et il se retrouve sur un chemin vraiment très petit avec des grosses racines. Il arrive en haut de la falaise, avec son blouson ouvert comme des ailes et il manque de s’envoler plein de fois. Il regarde en bas allongé contre des cailloux qui piquent vraiment vraiment. Il se dit que c’est vraiment dur de descendre pour aller trouver le loup. Il continue, il abandonne son vélo parce que c’est plus possible de rouler entre les ronces. Enfin il trouve une plage recouverte d’algues et de bouts de bois il se dit que ça y est il doit être au bon endroit. La plage est toute étroite les rochers comme des dents, il s’est jeté tout droit dans la gueule de l’animal sans s’en apercevoir. 
On l’a jamais retrouvé. Chlak Chlak. Mais comme les contes ça finit bien en fait on le sait pas mais il chevauche dans le ciel sur le dos du chien sauvage. Pour toujours.

ALLEMAGNE // WITTENBERGE // ELBSTRAßE

 

On nous avait promis un si brillant avenir. Tout a changé c’est sûr, nous sommes devenus un monde d’orphelins, de membres atrophiés, d’handicapés, pas tristes mais aveugles. Projetés comme des comètes dans un univers nouveau, nous avons fait des pâtés de sable, pour les détruire ensuite, et reconstruire quelque chose qui n’a pas encore trouvé de forme.

Aujourd’hui, je me souviens, nous nous en souvenons pour la plupart. Nous grattons de nos ongles dans nos ventres pour déterrer les restes de nos parents, leurs os qui saillent de part en part de nos corps. Encore. Et puis ensuite ? Et puis quoi ensuite ? Qu’adviendra-t-il quand personne ne saura plus ? 

Mais le monde à venir ressemble de beaucoup au précédent, ceux qui vont nous suivre, déjà, ne seront plus des orphelins, plus que des semi-orphelins tout du moins, sûrement encore habités par la Chute. Ceux d’après ne pourront plus la nommer, ne mettront plus de mots sur cette révolution interne. Ceux d’encore après, je ne sais pas. Et je ne veux pas le savoir. J’abandonne la mémoire, j’abandonne ce si brillant avenir de même. Je m’en vais construire un château de sable qui m’appartienne.

Mais avant cela, rentrons à la maison. L’hiver est là, de mon souffle sort une fumée blanche. 

Posted at 6:37pm and tagged with: Allemagne, Wittenberge, littérature, Photographie, History,.

ALLEMAGNE // WITTENBERGE // ELBSTRAßE


 
On nous avait promis un si brillant avenir. Tout a changé c’est sûr, nous sommes devenus un monde d’orphelins, de membres atrophiés, d’handicapés, pas tristes mais aveugles. Projetés comme des comètes dans un univers nouveau, nous avons fait des pâtés de sable, pour les détruire ensuite, et reconstruire quelque chose qui n’a pas encore trouvé de forme.
Aujourd’hui, je me souviens, nous nous en souvenons pour la plupart. Nous grattons de nos ongles dans nos ventres pour déterrer les restes de nos parents, leurs os qui saillent de part en part de nos corps. Encore. Et puis ensuite ? Et puis quoi ensuite ? Qu’adviendra-t-il quand personne ne saura plus ? 
Mais le monde à venir ressemble de beaucoup au précédent, ceux qui vont nous suivre, déjà, ne seront plus des orphelins, plus que des semi-orphelins tout du moins, sûrement encore habités par la Chute. Ceux d’après ne pourront plus la nommer, ne mettront plus de mots sur cette révolution interne. Ceux d’encore après, je ne sais pas. Et je ne veux pas le savoir. J’abandonne la mémoire, j’abandonne ce si brillant avenir de même. Je m’en vais construire un château de sable qui m’appartienne.
Mais avant cela, rentrons à la maison. L’hiver est là, de mon souffle sort une fumée blanche. 

ESPAGNE // SANTIAGO DE COMPOSTELA // PRACINA DO FRANCO 

 

Il a marché deux semaines, plus en fait, seize jours exactement, pour arriver là. Il a serré les dents à ses ampoules aux pieds, aux brûlures du soleil dans son cou. Il a grimacé sur les matins calmes dans les champs de maïs, grimacé de plaisir quand même, parce que les chemins d’Espagne sont beaux et que, certains jours, la pluie faisaient de grands filets frais sur son corps endolori par le parcours. Il est parti seul, il a rencontré du monde, écouté les souffles endormis dans les dortoirs des pensiones

Il a fait tout ça avec un but en tête, arriver là, dans cette ville. C’est même pas qu’il croit dans le pouvoir de Santiago et de sa coquille Saint-Jacques, il ne sait même pas vraiment s’il y a un dieu quelque part, mais il avait besoin de ça, d’un but, d’un point sur une carte vers lequel tourner ses pensées.

Donc le voilà arrivé et sous la canicule de la fin juillet, le coeur au bord des lèvres à cause de la fumée de l’encensoir, il ne sait plus trop bien ce qu’il fait là. Il se dit qu’il est là où il a envie d’être et que ça devrait être ça le plus important. Mais c’est pas vrai, c’est pas ça le plus important. Le plus fort c’est qu’il ne sait pas où il a envie d’être. Il ne sait plus depuis quelques temps. Il a la tête comme en bouillie. Et la seule chose qui le rassure, cet après-midi, c’est cette enseigne avec un tigre peint.

C’est mieux que rien, il se dit.

Posted at 6:46pm and tagged with: Espagne, Santiago De Compostela, littérature, Photographie,.

ESPAGNE // SANTIAGO DE COMPOSTELA // PRACINA DO FRANCO 



 
Il a marché deux semaines, plus en fait, seize jours exactement, pour arriver là. Il a serré les dents à ses ampoules aux pieds, aux brûlures du soleil dans son cou. Il a grimacé sur les matins calmes dans les champs de maïs, grimacé de plaisir quand même, parce que les chemins d’Espagne sont beaux et que, certains jours, la pluie faisaient de grands filets frais sur son corps endolori par le parcours. Il est parti seul, il a rencontré du monde, écouté les souffles endormis dans les dortoirs des pensiones. 
Il a fait tout ça avec un but en tête, arriver là, dans cette ville. C’est même pas qu’il croit dans le pouvoir de Santiago et de sa coquille Saint-Jacques, il ne sait même pas vraiment s’il y a un dieu quelque part, mais il avait besoin de ça, d’un but, d’un point sur une carte vers lequel tourner ses pensées.
Donc le voilà arrivé et sous la canicule de la fin juillet, le coeur au bord des lèvres à cause de la fumée de l’encensoir, il ne sait plus trop bien ce qu’il fait là. Il se dit qu’il est là où il a envie d’être et que ça devrait être ça le plus important. Mais c’est pas vrai, c’est pas ça le plus important. Le plus fort c’est qu’il ne sait pas où il a envie d’être. Il ne sait plus depuis quelques temps. Il a la tête comme en bouillie. Et la seule chose qui le rassure, cet après-midi, c’est cette enseigne avec un tigre peint.
C’est mieux que rien, il se dit.