Une adresse, une image de cette adresse. Et une histoire qui n'y a jamais eu lieu.

USA // NEW YORK // TIMES SQUARE

 

Ils ont tous brûlé vifs ce soir-là. C’était au printemps, mais il faisait encore frais et les touristes et les gens qui passaient par là, pour faire du shopping ou aller au théâtre, étaient plutôt couverts. Une armée grouillante de pulls en grosse laine, de collants opaques et de chaussures solides pour le cas où il pleuve.

Elle, elle avait donné rendez-vous à un ami. Elle ne connaissait pas bien New York, elle venait tout juste d’y débarquer pour faire un stage dans une agence de pub. Alors elle s’était dit que là, c’était facile, tout le monde connaissait. Elle a réalisé la catastrophe en arrivant, à sept heure du soir. La foule immense, l’océan humain et son ami, sans téléphone, au milieu. Elle a attendu, et puis finalement elle s’est trouvé un perchoir, les marches d’un théâtre, pour scruter de haut si elle trouvait Charlie.

C’est à ce moment-là que ça a commencé. On le sait parce que c’est elle qui l’a raconté à la police. On avait pas tellement le choix, il a fallu qu’on la croie, c’est la seule qui a vraiment vu la scène, en détail, et qui y a réchappé.

C’est un phénomène très rare mais bien réel. Certains scientifiques appellent ça la « combustion humaine spontanée », ou « autocombustion ». D’autres réfutent la thèse et parlent d’ « effet de mèche ». Il faut dans ce cas que l’individu soit suffisamment « gras », apparemment. Mais on dispose d’assez peu d’informations à ce sujet.

Dans tous les cas, elle raconte que tout d’un coup un homme, effectivement de corpulence importante, s’est embrasé de lui-même. Il s’est mis à hurler, l’expérience doit être plutôt douloureuse, et à gesticuler, ce qui a mis le feu au pull-over d’une jeune femme près de lui, qui s’est elle-même à son tour transformée en brasier.

Encore une fois, il y avait beaucoup de monde ce soir-là, c’était même un samedi, je m’excuse d’avoir omis de le préciser avant. Les gens, du coup, étaient serrés les uns contre les autres, ce qui explique la rapidité avec laquelle cet incendie humain a pu avoir lieu. Une foule entière qui se transforme en feu de joie, pardonnez l’expression, il faut un certain nombre de circonstances précises, pour que cela puisse avoir lieu.

Elle, de son côté, s’est collée à la porte du théâtre et a observé, horrifiée selon ses propres mots, la scène. Les pompiers ont fini par venir la secourir, et hormis les traces de cendre dans ses poumons, et quelques brûlures superficielles causées par des braises qui s’étaient envolées, sa santé n’était et n’est toujours pas en danger.

 

Elle n’a pas retrouvé son ami. Ça l’a pas mal ennuyé pendant un temps, et puis elle a pensé à autre chose. Dans la pub, on travaille beaucoup.

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USA // NEW YORK // TIMES SQUARE
 
Ils ont tous brûlé vifs ce soir-là. C’était au printemps, mais il faisait encore frais et les touristes et les gens qui passaient par là, pour faire du shopping ou aller au théâtre, étaient plutôt couverts. Une armée grouillante de pulls en grosse laine, de collants opaques et de chaussures solides pour le cas où il pleuve. 
Elle, elle avait donné rendez-vous à un ami. Elle ne connaissait pas bien New York, elle venait tout juste d’y débarquer pour faire un stage dans une agence de pub. Alors elle s’était dit que là, c’était facile, tout le monde connaissait. Elle a réalisé la catastrophe en arrivant, à sept heure du soir. La foule immense, l’océan humain et son ami, sans téléphone, au milieu. Elle a attendu, et puis finalement elle s’est trouvé un perchoir, les marches d’un théâtre, pour scruter de haut si elle trouvait Charlie.
C’est à ce moment-là que ça a commencé. On le sait parce que c’est elle qui l’a raconté à la police. On avait pas tellement le choix, il a fallu qu’on la croie, c’est la seule qui a vraiment vu la scène, en détail, et qui y a réchappé.
C’est un phénomène très rare mais bien réel. Certains scientifiques appellent ça la « combustion humaine spontanée », ou « autocombustion ». D’autres réfutent la thèse et parlent d’ « effet de mèche ». Il faut dans ce cas que l’individu soit suffisamment « gras », apparemment. Mais on dispose d’assez peu d’informations à ce sujet.
Dans tous les cas, elle raconte que tout d’un coup un homme, effectivement de corpulence importante, s’est embrasé de lui-même. Il s’est mis à hurler, l’expérience doit être plutôt douloureuse, et à gesticuler, ce qui a mis le feu au pull-over d’une jeune femme près de lui, qui s’est elle-même à son tour transformée en brasier. 
Encore une fois, il y avait beaucoup de monde ce soir-là, c’était même un samedi, je m’excuse d’avoir omis de le préciser avant. Les gens, du coup, étaient serrés les uns contre les autres, ce qui explique la rapidité avec laquelle cet incendie humain a pu avoir lieu. Une foule entière qui se transforme en feu de joie, pardonnez l’expression, il faut un certain nombre de circonstances précises, pour que cela puisse avoir lieu.
Elle, de son côté, s’est collée à la porte du théâtre et a observé, horrifiée selon ses propres mots, la scène. Les pompiers ont fini par venir la secourir, et hormis les traces de cendre dans ses poumons, et quelques brûlures superficielles causées par des braises qui s’étaient envolées, sa santé n’était et n’est toujours pas en danger. 
 
Elle n’a pas retrouvé son ami. Ça l’a pas mal ennuyé pendant un temps, et puis elle a pensé à autre chose. Dans la pub, on travaille beaucoup.
  1. letigreduparking a publié ce billet

Notes: