Une adresse, une image de cette adresse. Et une histoire qui n'y a jamais eu lieu.

ALLEMAGNE // WITTENBERGE // KARL MARX STRAßE

 

Elle ne sait pas choisir alors elle laisse les autres le faire pour elle. Ce n’est pas tout à fait vrai, c’est bien elle qui a décidé de venir là, d’accepter ce rendez-vous, de contempler ce lieu inconnu, rempli uniquement de jeunes femmes, de toutes sortes, des grandes, des belles, des timides qui seulement ici parviennent à sortir un peu de leur vie. Elle a décidé parce que tout est toujours comme ça : elle s’est soignée de son anorexie, adolescente, en ne mangeant que de la cuisine de Papouasie-Nouvelle-Guinée et d’Afghanistan. Il y aura toujours quelque chose de neuf à goûter, la course est infinie et un peu triste du coup. Elle ne peut pas s’empêcher d’aller là où on ne la reverra jamais.

Mais ici, entourée du désir de tant de monde, elle plie l’échine, accepte, pourrait se mettre à genoux devant cette femme du samedi soir, rugueuse et aux mains fortes. Comme elle l’a fait devant cet homme du vendredi, qui sent si bon et qui a la peau si douce. On la pousse, les gens l’observent, la questionnent, l’envient un peu tout en n’en attendant pas moins d’elle. Les lumières sont roses et les danseuses sur le podium jolies. Elle ne boit que de l’eau, abandonne les verres qu’on lui offre dans des recoins. Cela sent le parfum et la guerre. Une armée féminine seulement rassemblée pour faire foule au beau milieu de cette ville désertée. Elle ne peut s’empêcher d’y chercher la silhouette de l’homme du vendredi, de se dire qu’il va venir la chercher, comme il dit l’avoir déjà fait. Mais c’est une main rugueuse aux ongles vermillons qui l’attrape et elle en est ravie de même. La possession lui donne des coups de vent au cœur.

Pourtant, au milieu de ce week-end, il y a eu un instant, un moment rien que pour elle, de solitude douce, à contempler du bar cette foule de femmes, à éprouver une immense tendresse pour elles toutes. Et à s’accorder au moins ça, que sa vie lui plaisait vraiment, même si personne y compris elle-même n’y comprenait grand chose. 

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ALLEMAGNE // WITTENBERGE // KARL MARX STRAßE
 
Elle ne sait pas choisir alors elle laisse les autres le faire pour elle. Ce n’est pas tout à fait vrai, c’est bien elle qui a décidé de venir là, d’accepter ce rendez-vous, de contempler ce lieu inconnu, rempli uniquement de jeunes femmes, de toutes sortes, des grandes, des belles, des timides qui seulement ici parviennent à sortir un peu de leur vie. Elle a décidé parce que tout est toujours comme ça : elle s’est soignée de son anorexie, adolescente, en ne mangeant que de la cuisine de Papouasie-Nouvelle-Guinée et d’Afghanistan. Il y aura toujours quelque chose de neuf à goûter, la course est infinie et un peu triste du coup. Elle ne peut pas s’empêcher d’aller là où on ne la reverra jamais.
Mais ici, entourée du désir de tant de monde, elle plie l’échine, accepte, pourrait se mettre à genoux devant cette femme du samedi soir, rugueuse et aux mains fortes. Comme elle l’a fait devant cet homme du vendredi, qui sent si bon et qui a la peau si douce. On la pousse, les gens l’observent, la questionnent, l’envient un peu tout en n’en attendant pas moins d’elle. Les lumières sont roses et les danseuses sur le podium jolies. Elle ne boit que de l’eau, abandonne les verres qu’on lui offre dans des recoins. Cela sent le parfum et la guerre. Une armée féminine seulement rassemblée pour faire foule au beau milieu de cette ville désertée. Elle ne peut s’empêcher d’y chercher la silhouette de l’homme du vendredi, de se dire qu’il va venir la chercher, comme il dit l’avoir déjà fait. Mais c’est une main rugueuse aux ongles vermillons qui l’attrape et elle en est ravie de même. La possession lui donne des coups de vent au cœur. 
Pourtant, au milieu de ce week-end, il y a eu un instant, un moment rien que pour elle, de solitude douce, à contempler du bar cette foule de femmes, à éprouver une immense tendresse pour elles toutes. Et à s’accorder au moins ça, que sa vie lui plaisait vraiment, même si personne y compris elle-même n’y comprenait grand chose. 
  1. letigreduparking a publié ce billet

Notes: