Une adresse, une image de cette adresse. Et une histoire qui n'y a jamais eu lieu.

ALLEMAGNE // WITTENBERGE // DELPHINBAD 


Il fallait que je vous montre ça. Ça a l’air de ce que ça a l’air d’être : un cygne mort, qui commence tranquillement à pourrir. Les vers ont déjà dû attaquer la chair, peut-être même la moelle. Ça ne doit plus sentir mauvais depuis longtemps, mais le vent ici de toute façon chasse les odeurs répugnantes. 

Je n’ai jamais vu les corps, c’est la seule chose qui manque à mon récit. Je serai un Vieux dans un an, dans un an j’aurai l’âge de ceux qui sont partis, qu’on a emmené. Une purge éclatante pour que la jeunesse puisse respirer à nouveau, une taille nécessaire pour que nous puissions continuer à nous développer sans anomalie. Mais aujourd’hui je ne veux pas vous raconter ça, je ne veux pas remettre mon manteau de narrateur. Je veux laisser pourrir ma mémoire comme un cygne. Je ne veux plus voir les Petits à ma porte me regarder de leurs yeux comme échappés : Raconte moi encore, comment c’était avant. J’ai parlé, inlassablement, décrit les caches dans les caves, les trahisons, les dénonciations, les cris de bébés pas encore sevrés, les peluches que les Vieux gardaient en souvenir, accrochés dans leurs mains qui ne tenaient aucune valise. Ils ont débarrassés les appartements de toutes traces, toutes lettres. Les Petits ont oublié ce que cela signifiait les dimanche soirs en famille. 

Et voilà que cela recommence, me voilà qui fait revivre le cygne, qui chasse la puanteur de la main pour que le passé ait encore son odeur intact. Alors qu’aujourd’hui je suis venu l’enterrer. J’ai joué mon rôle, j’ai tout dit à Maï, elle a tout retenu, elle pourra tout réciter. Moi je vais prendre ma pelle et enterrer mes souvenirs, avant que les charançons ne me bouffent le cerveau tout entier. Et m’empêchent de quitter Wittenberge. 

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ALLEMAGNE // WITTENBERGE // DELPHINBAD 

Il fallait que je vous montre ça. Ça a l’air de ce que ça a l’air d’être : un cygne mort, qui commence tranquillement à pourrir. Les vers ont déjà dû attaquer la chair, peut-être même la moelle. Ça ne doit plus sentir mauvais depuis longtemps, mais le vent ici de toute façon chasse les odeurs répugnantes. 
Je n’ai jamais vu les corps, c’est la seule chose qui manque à mon récit. Je serai un Vieux dans un an, dans un an j’aurai l’âge de ceux qui sont partis, qu’on a emmené. Une purge éclatante pour que la jeunesse puisse respirer à nouveau, une taille nécessaire pour que nous puissions continuer à nous développer sans anomalie. Mais aujourd’hui je ne veux pas vous raconter ça, je ne veux pas remettre mon manteau de narrateur. Je veux laisser pourrir ma mémoire comme un cygne. Je ne veux plus voir les Petits à ma porte me regarder de leurs yeux comme échappés : Raconte moi encore, comment c’était avant. J’ai parlé, inlassablement, décrit les caches dans les caves, les trahisons, les dénonciations, les cris de bébés pas encore sevrés, les peluches que les Vieux gardaient en souvenir, accrochés dans leurs mains qui ne tenaient aucune valise. Ils ont débarrassés les appartements de toutes traces, toutes lettres. Les Petits ont oublié ce que cela signifiait les dimanche soirs en famille. 
Et voilà que cela recommence, me voilà qui fait revivre le cygne, qui chasse la puanteur de la main pour que le passé ait encore son odeur intact. Alors qu’aujourd’hui je suis venu l’enterrer. J’ai joué mon rôle, j’ai tout dit à Maï, elle a tout retenu, elle pourra tout réciter. Moi je vais prendre ma pelle et enterrer mes souvenirs, avant que les charançons ne me bouffent le cerveau tout entier. Et m’empêchent de quitter Wittenberge. 

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