FRANCE // BORDEAUX // JARDIN PUBLIC
Je n’aime pas me balader. Les gens pensent toujours que c’est une pose, ou une manie. Que c’est comme de décider de ne s’habiller qu’en bleu ou de mépriser les chiens. Sauf que je crois que les gens qui ne se vêtent que de bleu et que ceux qui détestent les chiens doivent, aussi, avoir leurs raisons.
Ce n’est pas que je n’aime pas marcher, au contraire, j’ai sillonné des pays étrangers des dizaines et des dizaines de fois avec un plaisir immodéré, usé mes dessous de souliers sur le bitume ou les cailloux des chemins. Il n’y a qu’à lire les textes précédents. Mais ici, chez moi, là où je suis né, dans ce jardin tant arpenté, dès mes premiers pas, avec ma première bicyclette, à y jeter mes premiers mégots, non, je n’aime pas me balader. Et peu à peu ça s’est étendu à tous lieux, à tous cheminements routiniers, les dimanches, particulièrement quand il fait gris et que les gens disent qu’ «Il faut aller prendre l’air», après ces repas trop lourds où je n’aurais qu’une envie, qu’on me laisse tranquille, qu’on me permette de simplement lire allongé dans ma chambre, dans le silence, mais que non, il faut aller se balader.
Je ne vous raconterai pas pourquoi je déteste autant ça, ça ne vous regarde pas. Ça ne me regarde même pas tant que ça. Bien sûr, ça remonte à l’enfance, bien sûr, ça a quelque chose à voir avec mes parents, avec un rituel qui a du, un jour, dérailler. Mais je ne veux pas tellement savoir ce qu’il en est précisément. Ou plutôt, je ne veux ni le dire, ni l’écrire précisément.
Je crois que je préfère encore que les gens pensent que c’est une pose. Ça revient au même dans le fond, ils ont fini par me foutre la paix.

