Une adresse, une image de cette adresse. Et une histoire qui n'y a jamais eu lieu.

FRANCE // ARLES // RUE BARBES


On est des grands enfants, on court toutes les nuits dans les rues comme s’il y avait des taureaux à nos trousses. On marque des points dans les impasses et on chante à tue tête sous les fenêtres de nos amoureux platoniques. On a pas quinze ans on est immortels. Je sais c’est un foutu cliché la vie devant soi et tout.

Moi je préfère les plus grands, ceux qui ont déjà des poils sur le torse et qui font comme s’ils comprenaient ce qui se passe autour d’eux. C’est un jeu bien mieux que les taureaux imaginaires. Mon homme à moi il gagne son propre argent, il vit dans une petite chambre en haut d’une maison du centre-ville, j’y vais à bicyclette après le lycée, je grimpe les marches et l’air frais de la cage d’escalier me fait frissonner les cuisses sous ma jupe en coton. Il y a souvent du monde le soir dans sa petite chambre, il boit des bières avec ses amis qui fument des joints et frottent leurs grandes mains sur leurs jeans troués. Je reste dans un coin, je ne parle pas. Je sais que je suis jolie, que je n’ai pas l’air conne et que c’est bien suffisant pour qu’on me laisse ici une place. 

Je viens tous les soirs après le lycée, c’est la fin de l’année et tout devient plus libre à cette saison, mes parents ne regardent plus leur montre et ils crient juste un peu quand ils réalisent que ça fait des semaines que j’ai pas dîné avec eux. Mais moi je trouve que la cuisine de la maison sent la cantine, qu’on y étouffe, que le graillon des pommes de terre colle aux joues et que ce qu’ils disent ressemble à des petits pois en boîte, sans goût.

Je préfère caresser les poils du torse de mon homme quand ses amis sont partis, qu’il glisse la main sous ma jupe en coton et me demande : «Ce soir tu veux bien ?».  

Je lui fais des trucs pour qu’il n’y pense pas trop. Chaque fois, dans les escaliers, je me dis que c’est pour aujourd’hui. Qu’il faut bien grandir et arrêter d’avoir peur des taureaux imaginaires. Et puis je me dégonfle, je me retire au fond de moi, je chante à tue tête dans mon crâne. Ce n’est pas que je n’en ai pas envie, sous ma jupe ça dit tout le contraire. Peut-être juste juste que je veux rester immortelle encore un peu. Si ça se trouve c’est ça. 

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FRANCE // ARLES // RUE BARBES

On est des grands enfants, on court toutes les nuits dans les rues comme s’il y avait des taureaux à nos trousses. On marque des points dans les impasses et on chante à tue tête sous les fenêtres de nos amoureux platoniques. On a pas quinze ans on est immortels. Je sais c’est un foutu cliché la vie devant soi et tout.
Moi je préfère les plus grands, ceux qui ont déjà des poils sur le torse et qui font comme s’ils comprenaient ce qui se passe autour d’eux. C’est un jeu bien mieux que les taureaux imaginaires. Mon homme à moi il gagne son propre argent, il vit dans une petite chambre en haut d’une maison du centre-ville, j’y vais à bicyclette après le lycée, je grimpe les marches et l’air frais de la cage d’escalier me fait frissonner les cuisses sous ma jupe en coton. Il y a souvent du monde le soir dans sa petite chambre, il boit des bières avec ses amis qui fument des joints et frottent leurs grandes mains sur leurs jeans troués. Je reste dans un coin, je ne parle pas. Je sais que je suis jolie, que je n’ai pas l’air conne et que c’est bien suffisant pour qu’on me laisse ici une place. 
Je viens tous les soirs après le lycée, c’est la fin de l’année et tout devient plus libre à cette saison, mes parents ne regardent plus leur montre et ils crient juste un peu quand ils réalisent que ça fait des semaines que j’ai pas dîné avec eux. Mais moi je trouve que la cuisine de la maison sent la cantine, qu’on y étouffe, que le graillon des pommes de terre colle aux joues et que ce qu’ils disent ressemble à des petits pois en boîte, sans goût.
Je préfère caresser les poils du torse de mon homme quand ses amis sont partis, qu’il glisse la main sous ma jupe en coton et me demande : «Ce soir tu veux bien ?».  
Je lui fais des trucs pour qu’il n’y pense pas trop. Chaque fois, dans les escaliers, je me dis que c’est pour aujourd’hui. Qu’il faut bien grandir et arrêter d’avoir peur des taureaux imaginaires. Et puis je me dégonfle, je me retire au fond de moi, je chante à tue tête dans mon crâne. Ce n’est pas que je n’en ai pas envie, sous ma jupe ça dit tout le contraire. Peut-être juste juste que je veux rester immortelle encore un peu. Si ça se trouve c’est ça.