Une adresse, une image de cette adresse. Et une histoire qui n'y a jamais eu lieu.

USA // NEW YORK // BROOKLYN // WATER STREET

Il y a un tigre dans le parking.

Il écarquille les yeux, c’est bien un tigre, la gueule grande ouverte, les yeux fauves. Ses zébrures dessinent les contours de son corps. Des rayures noires et jaunes entourent sa gueule, qui lui rugit soudain de rester là où il est.

Il n’était pas venu chercher sa voiture, il n’a pas son permis. Il se baladait, voilà, les poings bien enfoncés dans les poches de son jean trop grand. Il aime bien ça les endroits déserts. C’est plutôt rare en général sur cette planète. Alors à New York n’en parlons pas.

Mais là, le désert, c’est plutôt une jungle de voitures abandonnées et un tigre en plein milieu. Il se fige, recule très lentement, les yeux braqués sur les formes qui ondulent vers lui. Le tigre roule des hanches et des épaules, lentement.

-       Va-t-en. Ici c’est chez moi.

Bien roulé le tigre, sûrement une tigresse, peut-être des petits derrière elle à protéger. Ou plutôt du genre tigresse solitaire célibataire. Qui veut sauver sa peau et voilà tout. Une sorte de catwoman en moins nulle, en plus puissante encore. De vrais seins et de vraies hanches, qui lui hurlent de s’en aller.

Il a les yeux braqués sur son vieux tee-shirt déchiré, au niveau du sexe. Une déchirure en plein centre, qui remonte sur le bas de son ventre. Si la fille levait les bras, il pourrait voir son nombril et peut-être mieux encore. Au lieu de ça, deux yeux orange lui servent de tétons et une gueule pleine de crocs lui mange l’abdomen. Qui se gonfle puis se dégonfle une dernière fois, quand elle lui dit de « se casser ».

Il s’incline. Il s’en va se trouver un autre désert. 

Posted at 6:29pm and tagged with: USA, New York, Brooklyn, Water Street, tigre,.

USA // NEW YORK // BROOKLYN // WATER STREET

Il y a un tigre dans le parking. 
Il écarquille les yeux, c’est bien un tigre, la gueule grande ouverte, les yeux fauves. Ses zébrures dessinent les contours de son corps. Des rayures noires et jaunes entourent sa gueule, qui lui rugit soudain de rester là où il est. 
Il n’était pas venu chercher sa voiture, il n’a pas son permis. Il se baladait, voilà, les poings bien enfoncés dans les poches de son jean trop grand. Il aime bien ça les endroits déserts. C’est plutôt rare en général sur cette planète. Alors à New York n’en parlons pas. 
Mais là, le désert, c’est plutôt une jungle de voitures abandonnées et un tigre en plein milieu. Il se fige, recule très lentement, les yeux braqués sur les formes qui ondulent vers lui. Le tigre roule des hanches et des épaules, lentement.
-       Va-t-en. Ici c’est chez moi.
Bien roulé le tigre, sûrement une tigresse, peut-être des petits derrière elle à protéger. Ou plutôt du genre tigresse solitaire célibataire. Qui veut sauver sa peau et voilà tout. Une sorte de catwoman en moins nulle, en plus puissante encore. De vrais seins et de vraies hanches, qui lui hurlent de s’en aller. 
Il a les yeux braqués sur son vieux tee-shirt déchiré, au niveau du sexe. Une déchirure en plein centre, qui remonte sur le bas de son ventre. Si la fille levait les bras, il pourrait voir son nombril et peut-être mieux encore. Au lieu de ça, deux yeux orange lui servent de tétons et une gueule pleine de crocs lui mange l’abdomen. Qui se gonfle puis se dégonfle une dernière fois, quand elle lui dit de « se casser ».
Il s’incline. Il s’en va se trouver un autre désert. 

CAMBODGE // PHNOM PENH // NINE HOTEL // STREET 9

 

Elle l’a épousé il y a une dizaine d’années, sans savoir. Il est souvent absent.

Il part le lundi matin, un attaché-case à la main, vêtu d’un costume sombre et de la chemise qu’elle a repassée pour lui. En prenant soin que le col soit bien amidonné. Il ne revient souvent pas avant le mercredi. Parfois même le vendredi.

Elle règne pendant ce temps dans son royaume : elle en polit les angles, nettoie les rebords des fenêtres pour que rien ne souille leur maison de Pékin, étincelante. Elle coupe ses cheveux au carré, afin qu’il puisse voir nettement ses épaules, et sa nuque. Il dit toujours beaucoup aimer sa nuque.

Lorsqu’il revient, elle garde sur son visage un beau sourire. Elle lui prépare un dîner et pose sur la table un bouquet de fleurs blanches. Aussi blanches que le bord des fenêtres.

Elle a mis cinq ans exactement à s’apercevoir que sous la manche de son costume sombre, une menotte était constamment enserrée, reliée à son attaché-case. Elle a mis deux ans de plus à comprendre que l’attaché-case contenait des billets, ou parfois des pierres précieuses. Et que la mallette traversait les continents pour que son contenu puisse être blanchi. Et reblanchi.

Cela n’a rien changé. Elle a continué à poser des lys sur la table du dîner, à nettoyer consciencieusement le rebord des fenêtres. Et à amidonner le col blanc de ses chemises.

Quel que soit l’endroit où il se trouve, il pourra ainsi la regarder. Et être satisfait. 

Posted at 4:29pm and tagged with: Cambodge, Phnom Penh, Nine Hotel, Tigre,.

CAMBODGE // PHNOM PENH // NINE HOTEL // STREET 9
 
Elle l’a épousé il y a une dizaine d’années, sans savoir. Il est souvent absent. 
Il part le lundi matin, un attaché-case à la main, vêtu d’un costume sombre et de la chemise qu’elle a repassée pour lui. En prenant soin que le col soit bien amidonné. Il ne revient souvent pas avant le mercredi. Parfois même le vendredi. 
Elle règne pendant ce temps dans son royaume : elle en polit les angles, nettoie les rebords des fenêtres pour que rien ne souille leur maison de Pékin, étincelante. Elle coupe ses cheveux au carré, afin qu’il puisse voir nettement ses épaules, et sa nuque. Il dit toujours beaucoup aimer sa nuque.
Lorsqu’il revient, elle garde sur son visage un beau sourire. Elle lui prépare un dîner et pose sur la table un bouquet de fleurs blanches. Aussi blanches que le bord des fenêtres. 
Elle a mis cinq ans exactement à s’apercevoir que sous la manche de son costume sombre, une menotte était constamment enserrée, reliée à son attaché-case. Elle a mis deux ans de plus à comprendre que l’attaché-case contenait des billets, ou parfois des pierres précieuses. Et que la mallette traversait les continents pour que son contenu puisse être blanchi. Et reblanchi. 
Cela n’a rien changé. Elle a continué à poser des lys sur la table du dîner, à nettoyer consciencieusement le rebord des fenêtres. Et à amidonner le col blanc de ses chemises. 
Quel que soit l’endroit où il se trouve, il pourra ainsi la regarder. Et être satisfait. 

SUISSE // ZURICH // GREULICH HOTEL // HERMAN GREULICH STRASSE

 

C’est une cowgirl perdue dans la campagne suisse, tu sais. Elle se balade avec un gun en plastique et elle fait Pan Pan aux petits chiens qui passent près d’elle. Elle a des bottes made for walking et un cure-dent entre ses jolies dents blanches, un cuir moulant et un jean usé déchiré sous la fesse gauche. On lui a dit qu’en ville, elle trouverait des personnes comme elle, de ceux qui aiment siffler entre leurs lèvres, enfourcher leurs montures et se faire balayer les cheveux par les rafales de neige. Elle sillonne les rues, elle marche vite pour que le froid ne l’attrape pas.

Tu me demandes ce qu’elle a, une weirdo pareille, un traumatisme ? Non. Il y a bien des cowgirls en Amérique, alors pourquoi pas ici. Tu me dis qu’elle doit être seule, avec son grand chapeau et ses bottes à éperons, qu’elle doit faire peur aux gens avec son revolver, en plastique, qui fait Pan Pan. Mais non, les belles filles n’effraient pas la population.

Elle n’est pas seule parce qu’elle a effectivement rencontré quelqu’un, en ville. Une autre cowgirl, sans pistolet en plastique mais avec un cheval de fer, un deux-roues sur lequel elles filent loin des rues propres, vers la montagne. Elle, elle sort son gun et elle tire sur les arbres, sur le ciel. Elle voudrait bien tuer le soleil aussi, mais il a déjà disparu derrière les crêtes. L’autre fille, elle ne dit rien, elle roule juste plus vite et les bouleaux le long de la route ressemblent à des néons.

C’est une histoire qui finit bien.  

Posted at 5:47pm and tagged with: Suisse, Zurich, Greulich Hotel, Herman Greulich Strasse, Tigre,.

SUISSE // ZURICH // GREULICH HOTEL // HERMAN GREULICH STRASSE 
 
C’est une cowgirl perdue dans la campagne suisse, tu sais. Elle se balade avec un gun en plastique et elle fait Pan Pan aux petits chiens qui passent près d’elle. Elle a des bottes made for walking et un cure-dent entre ses jolies dents blanches, un cuir moulant et un jean usé déchiré sous la fesse gauche. On lui a dit qu’en ville, elle trouverait des personnes comme elle, de ceux qui aiment siffler entre leurs lèvres, enfourcher leurs montures et se faire balayer les cheveux par les rafales de neige. Elle sillonne les rues, elle marche vite pour que le froid ne l’attrape pas. 
Tu me demandes ce qu’elle a, une weirdo pareille, un traumatisme ? Non. Il y a bien des cowgirls en Amérique, alors pourquoi pas ici. Tu me dis qu’elle doit être seule, avec son grand chapeau et ses bottes à éperons, qu’elle doit faire peur aux gens avec son revolver, en plastique, qui fait Pan Pan. Mais non, les belles filles n’effraient pas la population. 
Elle n’est pas seule parce qu’elle a effectivement rencontré quelqu’un, en ville. Une autre cowgirl, sans pistolet en plastique mais avec un cheval de fer, un deux-roues sur lequel elles filent loin des rues propres, vers la montagne. Elle, elle sort son gun et elle tire sur les arbres, sur le ciel. Elle voudrait bien tuer le soleil aussi, mais il a déjà disparu derrière les crêtes. L’autre fille, elle ne dit rien, elle roule juste plus vite et les bouleaux le long de la route ressemblent à des néons.
C’est une histoire qui finit bien.  

ITALIE // PROCIDA // LA CORRICELLA 

 

Le téléphone posé près de l’oreiller, tout contre soi.

Cela aura duré trois semaines et deux jours. Elle n’a pas calculé le nombre de nuits, elle sait que le compte n’y est pas. Il est loin d’être venu tous les soirs, mais pour elle c’est tout comme. Elle s’est installée là pour les vacances, il y a donc trois semaines et deux jours. Elle n’avait pas prévu de rester si longtemps, mais à peine arrivée, à son premier dîner sur l’île, il s’est trouvé à la table d’à côté. Il faisait chaud, c’était le mois d’août, il était tard et sa robe jaune collait contre son ventre.

Il faut vous dire qu’elle a une sorte de pouvoir, comme une forme de magie d’immortel qui fait que lorsqu’elle rencontre quelqu’un qui va rester dans sa vie, elle le sait tout de suite. L’ennui c’est qu’elle ne sait pas quelle place cette personne va jouer réellement. Ce qui l’induit souvent en erreur.

Pour commencer, il lui a dit une drôle de chose, il l’a appelé par un autre prénom. Ils ont discuté longtemps. Il lui a raconté qu’enfant il avait un âne. Il est rentré avec elle dans sa petite chambre avec vue, une vue bruyante sur les vacanciers qui s’étalent de la crème sur la plage. Il n’est reparti qu’en fin d’après-midi, le lendemain, son numéro enregistré dans son téléphone.

Il l’a rappelé deux jours après, ils se sont revus, il a à nouveau caressé ses tempes et mordu ses hanches. Les semaines suivantes, il a téléphoné encore mais de plus en plus tard, et de plus en plus soûl. Néanmoins ils se parlaient toujours longuement de leurs cabanes de mômes en bouts de ficelle, de chasse au trésor en carambars au caramel. Et il lui grignotait les tétons du bout des dents. Elle a fini par guetter ses messages nocturnes, même si parfois elle ne répondait pas tout de suite. Elle fixait un moment les toujours identiques six lettres.

-       Tu dors ?

Il les lui envoyait de plus en plus tard ces deux mots deux syllabes. Il était de plus en plus soûl. Une nuit, il lui a raconté avec emphase qu’il avait eu un âne, quand il était petit. Elle n’a rien dit, pas murmuré que ça elle le savait déjà. Mais le lendemain, elle a mis son portable sur silencieux.

Posted at 5:33pm and tagged with: Italie, Procida, La Corricella, Tigre,.

ITALIE // PROCIDA // LA CORRICELLA  
 
Le téléphone posé près de l’oreiller, tout contre soi. 
Cela aura duré trois semaines et deux jours. Elle n’a pas calculé le nombre de nuits, elle sait que le compte n’y est pas. Il est loin d’être venu tous les soirs, mais pour elle c’est tout comme. Elle s’est installée là pour les vacances, il y a donc trois semaines et deux jours. Elle n’avait pas prévu de rester si longtemps, mais à peine arrivée, à son premier dîner sur l’île, il s’est trouvé à la table d’à côté. Il faisait chaud, c’était le mois d’août, il était tard et sa robe jaune collait contre son ventre.
Il faut vous dire qu’elle a une sorte de pouvoir, comme une forme de magie d’immortel qui fait que lorsqu’elle rencontre quelqu’un qui va rester dans sa vie, elle le sait tout de suite. L’ennui c’est qu’elle ne sait pas quelle place cette personne va jouer réellement. Ce qui l’induit souvent en erreur. 
Pour commencer, il lui a dit une drôle de chose, il l’a appelé par un autre prénom. Ils ont discuté longtemps. Il lui a raconté qu’enfant il avait un âne. Il est rentré avec elle dans sa petite chambre avec vue, une vue bruyante sur les vacanciers qui s’étalent de la crème sur la plage. Il n’est reparti qu’en fin d’après-midi, le lendemain, son numéro enregistré dans son téléphone.
Il l’a rappelé deux jours après, ils se sont revus, il a à nouveau caressé ses tempes et mordu ses hanches. Les semaines suivantes, il a téléphoné encore mais de plus en plus tard, et de plus en plus soûl. Néanmoins ils se parlaient toujours longuement de leurs cabanes de mômes en bouts de ficelle, de chasse au trésor en carambars au caramel. Et il lui grignotait les tétons du bout des dents. Elle a fini par guetter ses messages nocturnes, même si parfois elle ne répondait pas tout de suite. Elle fixait un moment les toujours identiques six lettres. 
-       Tu dors ?
Il les lui envoyait de plus en plus tard ces deux mots deux syllabes. Il était de plus en plus soûl. Une nuit, il lui a raconté avec emphase qu’il avait eu un âne, quand il était petit. Elle n’a rien dit, pas murmuré que ça elle le savait déjà. Mais le lendemain, elle a mis son portable sur silencieux.

USA // NEW YORK // TIMES SQUARE

 

Ils ont tous brûlé vifs ce soir-là. C’était au printemps, mais il faisait encore frais et les touristes et les gens qui passaient par là, pour faire du shopping ou aller au théâtre, étaient plutôt couverts. Une armée grouillante de pulls en grosse laine, de collants opaques et de chaussures solides pour le cas où il pleuve.

Elle, elle avait donné rendez-vous à un ami. Elle ne connaissait pas bien New York, elle venait tout juste d’y débarquer pour faire un stage dans une agence de pub. Alors elle s’était dit que là, c’était facile, tout le monde connaissait. Elle a réalisé la catastrophe en arrivant, à sept heure du soir. La foule immense, l’océan humain et son ami, sans téléphone, au milieu. Elle a attendu, et puis finalement elle s’est trouvé un perchoir, les marches d’un théâtre, pour scruter de haut si elle trouvait Charlie.

C’est à ce moment-là que ça a commencé. On le sait parce que c’est elle qui l’a raconté à la police. On avait pas tellement le choix, il a fallu qu’on la croie, c’est la seule qui a vraiment vu la scène, en détail, et qui y a réchappé.

C’est un phénomène très rare mais bien réel. Certains scientifiques appellent ça la « combustion humaine spontanée », ou « autocombustion ». D’autres réfutent la thèse et parlent d’ « effet de mèche ». Il faut dans ce cas que l’individu soit suffisamment « gras », apparemment. Mais on dispose d’assez peu d’informations à ce sujet.

Dans tous les cas, elle raconte que tout d’un coup un homme, effectivement de corpulence importante, s’est embrasé de lui-même. Il s’est mis à hurler, l’expérience doit être plutôt douloureuse, et à gesticuler, ce qui a mis le feu au pull-over d’une jeune femme près de lui, qui s’est elle-même à son tour transformée en brasier.

Encore une fois, il y avait beaucoup de monde ce soir-là, c’était même un samedi, je m’excuse d’avoir omis de le préciser avant. Les gens, du coup, étaient serrés les uns contre les autres, ce qui explique la rapidité avec laquelle cet incendie humain a pu avoir lieu. Une foule entière qui se transforme en feu de joie, pardonnez l’expression, il faut un certain nombre de circonstances précises, pour que cela puisse avoir lieu.

Elle, de son côté, s’est collée à la porte du théâtre et a observé, horrifiée selon ses propres mots, la scène. Les pompiers ont fini par venir la secourir, et hormis les traces de cendre dans ses poumons, et quelques brûlures superficielles causées par des braises qui s’étaient envolées, sa santé n’était et n’est toujours pas en danger.

 

Elle n’a pas retrouvé son ami. Ça l’a pas mal ennuyé pendant un temps, et puis elle a pensé à autre chose. Dans la pub, on travaille beaucoup.

Posted at 5:59pm and tagged with: New York, USA, Times Square, combustion humaine spontanée, tigre,.

USA // NEW YORK // TIMES SQUARE
 
Ils ont tous brûlé vifs ce soir-là. C’était au printemps, mais il faisait encore frais et les touristes et les gens qui passaient par là, pour faire du shopping ou aller au théâtre, étaient plutôt couverts. Une armée grouillante de pulls en grosse laine, de collants opaques et de chaussures solides pour le cas où il pleuve. 
Elle, elle avait donné rendez-vous à un ami. Elle ne connaissait pas bien New York, elle venait tout juste d’y débarquer pour faire un stage dans une agence de pub. Alors elle s’était dit que là, c’était facile, tout le monde connaissait. Elle a réalisé la catastrophe en arrivant, à sept heure du soir. La foule immense, l’océan humain et son ami, sans téléphone, au milieu. Elle a attendu, et puis finalement elle s’est trouvé un perchoir, les marches d’un théâtre, pour scruter de haut si elle trouvait Charlie.
C’est à ce moment-là que ça a commencé. On le sait parce que c’est elle qui l’a raconté à la police. On avait pas tellement le choix, il a fallu qu’on la croie, c’est la seule qui a vraiment vu la scène, en détail, et qui y a réchappé.
C’est un phénomène très rare mais bien réel. Certains scientifiques appellent ça la « combustion humaine spontanée », ou « autocombustion ». D’autres réfutent la thèse et parlent d’ « effet de mèche ». Il faut dans ce cas que l’individu soit suffisamment « gras », apparemment. Mais on dispose d’assez peu d’informations à ce sujet.
Dans tous les cas, elle raconte que tout d’un coup un homme, effectivement de corpulence importante, s’est embrasé de lui-même. Il s’est mis à hurler, l’expérience doit être plutôt douloureuse, et à gesticuler, ce qui a mis le feu au pull-over d’une jeune femme près de lui, qui s’est elle-même à son tour transformée en brasier. 
Encore une fois, il y avait beaucoup de monde ce soir-là, c’était même un samedi, je m’excuse d’avoir omis de le préciser avant. Les gens, du coup, étaient serrés les uns contre les autres, ce qui explique la rapidité avec laquelle cet incendie humain a pu avoir lieu. Une foule entière qui se transforme en feu de joie, pardonnez l’expression, il faut un certain nombre de circonstances précises, pour que cela puisse avoir lieu.
Elle, de son côté, s’est collée à la porte du théâtre et a observé, horrifiée selon ses propres mots, la scène. Les pompiers ont fini par venir la secourir, et hormis les traces de cendre dans ses poumons, et quelques brûlures superficielles causées par des braises qui s’étaient envolées, sa santé n’était et n’est toujours pas en danger. 
 
Elle n’a pas retrouvé son ami. Ça l’a pas mal ennuyé pendant un temps, et puis elle a pensé à autre chose. Dans la pub, on travaille beaucoup.